Le système LMD, une entreprise d’innovation académique à parachever : de la suppression de la thèse d’état à la suppression de l’agrégation et à l’instauration de régles de bonne gouv

Publié le par CERDOM

La mondialisation qui est le processus par lequel, à l’échelle mondiale, s’homogénéisent, s’harmonisent et s’intègrent les mécanismes de fonctionnement des divers secteurs de la vie des sociétés, s’est accéléré au cours des années avec la chute du mur de Berlin et l’effondrement du bloc communiste. En effet, depuis lors, le capitalisme a tenté avec succès de régner en maître dans le monde, et avec lui l’idéologie du libéralisme économique qui le sous-tend. Alors, les frontières nationales ont été forcées de s’ouvrir tous azimuts afin que sur une large échelle de pays de divers continents les échanges économiques, la libre circulation des hommes, des biens, des idées, des valeurs, etc. deviennent une réalité tangible. Mais au niveau de chaque pays, un certain nombre de conditions de divers ordres doivent impérativement être réunies au préalable afin que le capital puisse se fructifier, à moyen et long terme, et que le processus de la mondialisation y trouve les atouts concourrant à son renforcement.

D’abord, ce furent sur le plan économique l’impératif du libéralisme économique et sur le plan politique l’exigence de régime démocratique. Leur imposition à l’échelle planétaire a constitué le premier fondement de la mondialisation dans sa version du XX éme et du XXI éme siècle. Ensuite, les innovations majeures introduites dans les moyens de communication, et surtout l’avènement des NTIC, vont être un grand facteur de rapprochement entre les peuples, faisant ainsi du monde un simple village planétaire : cette proximité intercontinentale rendue possible par la vitesse de plus en plus fulgurante des moyens physiques de transport ou par la magie du NET constitue le deuxième fondement de la mondialisation et aura un impact certain dans tous les domaines de la vie, y compris les domaines politique, économique et cultuel. Puis, l’éducation et notamment le niveau le plus élevé du système académique, à savoir l’enseignement supérieur, vont à leur tour subir à l’échelle mondiale une réorganisation aux fins d’harmoniser à cette même échelle les mécanismes de leur fonctionnement et les profils techniques de leurs produits, c’est à dire les étudiants . Cette volonté collective, à l’échelle planétaire, d’harmonisation du système académique aboutira à l’adoption dans les universités du Nord comme celles du Sud d’un système académique unique : le système LMD, lequel va constituer le troisième fondement de la mondialisation.

Ainsi donc, après les secteurs économique, politique, informationnel et communicationnel, ça été au tour du secteur éducatif de se conformer aux exigences de la mondialisation. Mais cette exigence apparaît, à bien des égard, comme une exigence de formatage suivant les mêmes mesures, les mêmes normes, les mêmes valeurs du système psycho-mental de chacun des individus qui composent l’élite mondiale issue des universités de par le monde. Plusieurs conséquences majeures en découlent : une plus grande et rapide compréhension réciproque entre les dirigeants des pays, pour avoir été à la même école, inspiré par les mêmes théories, façonnés dans les mêmes moules, toutes choses qui favorisent une accélération du processus d’intégration à l’échelle planétaire dans tous les domaines; la domination d’une même culture (vision, mode de gouvernance, etc.) dans tous les domaines et dont les vecteurs sont les membres de l’élite issue des universités.

Le système LMD

Vecteur essentiel de la mondialisation académique, le système LMD comporte une série d’avantages incontestables qui ont fondé son acceptation et son adoption à l’échelle mondiale.
Il s’agit notamment de :

- l’adoption à l’échelle mondiale du système de crédit pour l’évaluation de tous les enseignements au niveau de toutes les universités. Ces crédits sont cumulables et transférables d’une université à une autre;

- une recomposition négociée des enseignements qui entraîne la disparition de certains enseignements ou la formation d’autres ainsi qu’un arbitrage dans l’affectation des crédits Cette régulation pédagogique doit se faire dans un cadre institutionnel approprié au niveau de chaque UFR et de chaque département ou section : direction des études, comités pédagogiques ;

- la réduction du nombre de diplômes universitaires qui passent de sept à quatre (du baccalauréat au doctorat d’Etat), ce qui non seulement fait baisser le coût financier des études universitaires, mais concourre également à l’allégement de la charge pédagogique, tant du coté des étudiants que de celui des enseignants;

- la concordance à l’échelle mondiale des calendriers académiques (dates d’ouverture et de fermeture) des universités, ce qui favorise la mobilité des enseignants et des étudiants, sans aucun préjudice pédagogique ni pour les uns ni pour les autres;

- la semestrielisation des enseignements qui permet aux enseignants ainsi qu’aux étudiants de mieux planifier leur temps et surtout de mieux gérer leur mobilité . Le corollaire de cette semestrielisation est l’exigence d’une gestion rigoureuse du temps pédagogique;

- le rapprochements des deux sessions qui doivent se dérouler successivement dans des limites de temps qui sont en antériorité par rapport à la période des vacances scolaires peut favoriser le relèvement du taux global de réussite dans tous les cycles d’enseignement : les étudiants sont toujours en éveil intellectuel et dans de bonnes dispositions psychologiques pour « gagner », car l’ambiance motivante des examens n’aura subi pas une perturbation qui serait liée à une fracture du temps pédagogique introduite par l’observance d’une longue période de vacances entre deux sessions. Avec le rapprochement des deux sessions, la chance de réussite des étudiants à leurs examens augmente;

- la démocratisation et l’individuation des cursus qui permettent la prise en compte des expériences et acquis professionnels de ceux qui demandent une inscription comme étudiants et la convertibilité en crédits des savoirs associés à ces expériences : par ce fait l’université reconnaît qu’elle n’est pas la seule source de savoirs et qu’elle doit travailler à revaloriser les savoirs issues d’autres sources non académiques;

- un encadrement rapproché qui implique des effectifs réduits et un contrôle continu des connaissances, toutes choses qui favorisent l’excellence des produits formés . Cette exigence du système LMD oblige les université à recruter régulièrement et en nombre suffisant des enseignants aux fins de rapprocher toujours davantage leur taux d’encadrement à la norme internationale admise dans ce domaine : ceci implique alors une surveillance des flux d’entrée et de sortie des étudiants ainsi qu‘un effort gouvernemental pour rendre la fonction enseignante attractif ;

- la professionnalisation des enseignements obligent les universités à être d’avantage attentives dans leur fonctionnement pédagogique aux exigences du marché du travail, ( en matière de profils techniques pour les étudiants ) pour les emplois à pourvoir. Par cette professionnalisation, les universités s’offrent les conditions académiques et pédagogiques qui leur permettent de coïncider dans leur fonctionnement avec leur vocation première qui est d’être des acteurs du développement, c’est à dire des université capables de former et de produire des ressources humaines immédiatement productives, parce que disposant du profil technique demandé par les entreprises ou autres segments du marché du travail;

- l’établissement d’un partenariat entre les universités et les segments les plus pertinents de leur environnement, à savoir les entreprises, les collectivités locales, etc. Ce partenariat accroît les possibilités des universités de mieux tenir compte de la demande de savoirs et de compétence des son environnement dans la définition des profils techniques;

- la valorisation de la recherche qui devient le point d’appui de l’excellence pédagogique: l’exigence de professionnalisation de l’enseignement implique l’obligation pour les universités d’adapter sans cesse le contenu de leurs enseignements à la variation constante de l’environnement dont il faut évaluer, conceptualiser, opérationnaliser les changements et traduire ceux-ci en profils pédagogiques adaptés pour chaque secteur d’activités. C’est l’ère de la « filièrisation » des enseignements dont l’une des exigences majeures demeure du coté des enseignants la possession d’une expertise réelle à construire dans les domaine enseignés : cette expertise est acquise par la recherche et l’expérience réfléchie. L’intérêt accordé à la recherche par le système LMD apparaît également dans la suppression de la thèse d’Etat et l’instauration de la thèse unique, avec comme conséquence l’obligation pour l’enseignant qui veut avancer dans sa carrière de beaucoup produire : l’accès aux grades académiques les plus élevés dans sa carrière universitaire n’est plus subordonné pour l’enseignant à l’obtention préalable d’une thèse d’Etat; il ne dépend désormais que de la fréquence, du volume et de la consistance scientifique de ses publications. Le système LMD sonne le glas du mandarinat académique et pose l’enseignant comme le seul maître de son destin professionnel. Mais la valorisation de la recherche par le système LMD doit se manifester également dans un regain d’activités des laboratoires et autres structures de recherche, car les niveaux Master ( Master Professionnel et Master Recherche) et Doctorat qui constituent les miroirs du niveau d’excellence des universités ont besoins pour briller de s‘appuyer sur une recherche performante : aussi bien la facilité d’insertion des étudiant dans le marché du travail que le prestige scientifique des universités ou leur attractivité (mobilité des enseignants et des étudiants) dépendent du niveau de la recherche.

Le système LMD tel qu’il se présente demeure encore perfectible malgré les nombreux avantages reconnus qu’il comporte . En effet, il recèle des limites qui se situent à plusieurs niveaux dans la chaîne académique :

- accès aux différents grades académiques : l’adoption du système LMD par tous les pays devrait impliquer une harmonisation des systèmes d’accès aux différents grades académiques. De ce point de vue l’agrégation qui est un dispositif académique spécifiquement français et francophile devrait disparaître ; et la France et les pays francophones d’Afrique qui adoptent encore l’agrégation comme moyen de promotion académique devrait tourner le dos à celle-ci et se conformer aux nouvelles règles académique en vigueur dans le monde en matière de promotion ;
- formation doctorale : le souci de la sauvegarde de l’excellence qui transparaît dans le système LMD implique l’instauration d’écoles doctorales qui devraient être assignées à deux fonctions au moins :
1. fonction pédagogique : les doctorants qui constituent la relève du corps professoral doivent recevoir un formation pédagogique conséquente qui les prépare à assumer leurs futures taches d’enseignants ; mais mieux encore ils doivent présentement être associes suivant des modalités à étudier aux taches d’encadrement pédagogique ;

2. fonction scientifique : les doctorants doivent également recevoir une solide formation à la recherche et être insérés dans les équipes de recherche dans les différents laboratoires et structures de recherches existants ;

• gouvernance universitaire : la transparence dans la gestion des affaires de l’université, le culte du travail bien fait, de l’équité et du mérite, la recherche constante de meilleures conditions de travail pour ceux qui participent à la vie des universités, la quête permanente du consensus démocratique, la volonté d’instaurer une paix sociale durable dans les campus, etc. constituent les bases d’une éthique sur la quelle doit s’appuyer le management des universités qui, dans le contexte de la mondialisation, doivent aspirer naturellement à l’excellence. En effet, l’excellence universitaire et, corollairement, la bonne gouvernance universitaire qui rend celle-ci possible, sont devenues des conditions préalables sans les quelles aucune université ne pourra participer à la mondialisation et en tirer des bénéfices.

                                                                                                                                                   Professeur Abdoulaye NIANG

 

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